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La mémoire est-elle photographique ?

[fa icon="calendar"] 18 janv. 2017 11:54:54 / par HappyNeuron

Par Dr Bernard CROISILE, Neurologue des Hôpitaux, docteur en neurosciences, Service de Neuropsychologie, Fonctions cognitives, Langage et Mémoire, Hôpital Neurologique de Lyon

 

Après l’été et ses millions de photos répercutées par les réseaux sociaux, de nombreuses seront vite oubliées dans la mémoire d’un ordinateur. Pour beaucoup de personnes, dont celles qui pensent la posséder, il existerait une mémoire photographique. Ce terme évoque la possibilité d’une mémoire visuelle (dite mémoire « eidétique ») qui fixerait de manière détaillée, précise, indélébile, les moindres détails d’une scène vécue ou d’une image observée. En fait, la mémoire photographique (ou eidétique au sens large) est exceptionnelle, voire pour certains un mythe. Ce que nous qualifions de mémoire visuelle ou photographique n’est pas si « visuel » que ça…

 

La mémoire visuo-spatiale

Même si la principale porte d’entrée sensorielle d’un souvenir est sa composante visuelle, même si nous nous disons tous « je me vois très bien en train de faire telle chose », il est faux de croire que nos souvenirs sont « photographiques » ou « cinématographiques. » Ce que nous imaginons d’un épisode de vie n’est pas une copie sensorielle, il s’agit d’une reconstruction partielle, certes riche en éléments visuels, mais sans la fidélité photographique qu’on imagine. En effet, notre mémoire est principalement sémantique, nous nous rappelons davantage le sens des choses que leurs éléments sensoriels. Lorsque nous voyons un éléphant, nous retenons avoir vu un éléphant (le mot « éléphant ») sans avoir nécessairement mémorisé tous les détails de sa taille, de sa couleur ou de la longueur de ses défenses, au point qu’il nous serait difficile de le dessiner de mémoire, à moins d’avoir été prévenu à l’avance qu’il faudrait le faire. Ceci explique la difficulté pour un témoin oculaire de décrire un criminel, d’autant plus que le contexte émotionnel aura brouillé l’enregistrement.

À titre d’exemple, lorsqu’on regarde un tableau, on ne le « photographie » pas vraiment, car on se dit mentalement : « c’est une jeune femme qui nous regarde de trois-quarts gauche, elle a un turban bleu, des yeux bleus un peu globuleux, une bouche entrouverte un peu humide, et une grosse perle est fixée à son oreille gauche. » Vous aurez peut-être reconnu, la « Joconde du Nord », la célèbre «  Jeune Fille à la perle » de Johannes Vermeer. Une certaine forme visuelle de l’image de ce tableau aura été retenue, mais vous aurez aussi activé des mots pour le mémoriser, mots qui auront un fort impact dans votre souvenir du tableau.

En revanche, la mémoire visuelle (ou visuo-spatiale) est indispensable lorsqu’il s’agit d’une figure géométrique ou d’un itinéraire, domaine dans lequel les hommes ont souvent une légère supériorité par rapport aux femmes. Par essence, pour les scientifiques, la mémoire visuelle concerne la mémorisation de figures abstraites qui ne permettent pas d’activer des mots pour les mémoriser.

 

La mémoire photographique des autistes

Certains autistes ont une mémoire réellement photographique qui leur permet de retenir les centaines voire les milliers de détails visuels d’une image, ce qui est impossible pour les personnes non autistes. Après avoir survolé une ville en hélicoptère pendant 20 à 60 minutes, Stephen Wiltshire, un artiste autiste anglais de 42 ans, est en mesure de la dessiner de mémoire dans les moindres détails sur de gigantesques feuilles de papier. Il a ainsi été capable de dessiner Londres, New York, Tokyo, Singapour, Rome, Hong Kong, Madrid, Jérusalem. Mais pourquoi ? Est-ce une « qualité » directement liée à l’autisme ou est-ce dû au fait qu’un autiste n’a pu accéder à des capacités de mémorisation qui ont gommé la composante photographique au profit d’une composante sémantique plus utile aux personnes non autistes ?

 

Quelques conseils « photographiques »

En revanche, il est possible d’utiliser sa mémoire visuelle ou son imagerie mentale visuelle dans des situations du quotidien. Un exemple simple, pour éviter de remonter tous les jours vérifier si votre porte est bien fermée, fixez votre attention visuelle sur vous-même en train de faire le geste de la fermer à clé. Ce conseil est transposable à beaucoup de situations de la vie quotidienne telles que se garer afin de retrouver ensuite sa voiture. Dans cette situation là, j’utilise un truc plus simple, je « photographie » l’emplacement de ma voiture avec mon téléphone portable ! Je préfère retrouver ma voiture que de faire semblant de stimuler ma mémoire en retenant le numéro de ma place de parking. Après tout, si Steve Jobs a créé des béquilles mnésiques, autant les utiliser…

 

Pour en savoir plus : Bernard Croisile. Tout sur la mémoire. Éditions Odile Jacob (2009).

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